THÉÂTRAL MAGAZINE – JANVIER-FÉVRIER 2017

THÉÂTRAL MAGAZINE – JANVIER-FÉVRIER 2017

Nasser Djemaï
Questions de familles

Artiste associé à la MC2 de Grenoble, Nasser Djemaï a écrit et monté des spectacles marquants sur les algériens restés en France et les français issus de l’immigration : Invisibles, Immortels. Vertiges, troisième volet de la trilogie, tourne également autour de la construction identitaire.

Théâtral magazine : Enfant de l’immigration, vous êtes né à Grenoble et vous avez eu une formation d’acteur en Angleterre. Un parcours peu banal.
Nasser Djemaï : La formation anglo-saxonne est très pragmatique et responsabilise beaucoup les artistes. J’ai beaucoup appris et j’ai découvert à quel point j’étais français ! Quand j’ai commencé à écrire, parce que je ne trouvais rien qui corresponde à moi et à ma génération, j’ai aussi profité de l’esprit anglais : on est clair, on ne se cache pas derrière les formules.

Vos pièces sont en partie autobiographiques. Est le cas de Vertiges ?
Oui, j’avais besoin de questionner la notion d’héritage culturel qui se pose quand les parents ne sont plus là, après une histoire qui ne s’est pas racontée. C’était crucial pour moi d’explorer l’histoire d’une famille devenue française pour des raisons oubliées. Pourquoi ce passé ne s’est pas raconté ? Comment rattraper tout ça pour éviter les fantômes et ne pas s’enfermer dans de faux récits. Le personnage principal a 45 ans, il a connu la réussite sociale et revient dans sa famille et se retrouve face à ce qu’il a voulu effacer. Cela peut rappeler Juste la fin du monde de Lagarce, mais le contexte est tout autre. L’homme parle un autre langage que sa famille. Ils ne se comprennent plus.

Vous n’écrivez pas sans faire une enquête sur les gens dont vous parlez…
J’ai fait parler les gens autour de moi et j’ai écrit longuement. Je passe beaucoup de temps sur l’architecture des personnages. Quand je suis en panne, je les joue moi-même pour repartir. A la fin, je pourrai écrire une pièce sur chaque personnage. J’ai écrit une dizaine de versions !

Comment se passent vos répétitions ?
Il y a des acteurs que je reprends : Clémence Azincourt qui était dans Immortels, Lounès Tazaïrt qui était dans Invisibles… Et il y a des nouveaux, mais l’équipe technique est un noyau dur qui reste le même ! Je reste très poreux à ce qu’apportent les répétitions. C’est le plateau qui donne la vérité finale du texte. Nous avons eu de très bonnes conditions grâce à Jean-Paul Angot, à Grenoble. Pour notre passage à la Manufacture des oeillets, à Ivry, en février et mars, Adel Hakim a voulu continuer sa collaboration avec ma compagnie.

Vous vous sentez seul ou en parenté avec d’autres artistes ?
J’aime beaucoup de gens ! J’adore Pommerat, McBurney, Mouawad, Ostermeier…

Propos recueillis par Gilles Costaz