MARIANNE – MARS 2017

MARIANNE – MARS 2017

La vie n’est pas une histoire réglée d’avance

Par Jack Dion

« Vertiges » Nasser Djemaï

Comme dans une toile, il est des spectacles où l’on procède touche après touche. Tel est le cas avec « Vertiges », écrit et mis en scène par Nasser Djemaï. Il s’agit des choses de la vie quotidienne dans une famille maghrébine. On retrouve la smala dans l’appartement d’une cité populaire. Le coeur du père (Lounès Tazaïrt), malade, est resté de l’autre côté de la Méditerranée. La mère (Fatima Albout) fait bouillir la marmite, entourée de sa fille Mina (Clémence Azincourt) et de son fils Hakim (Issam Rachyq-Ahrab), et d’une mystérieuse voisine (Martine Harmel). Le troisième enfant, Nadir (Zakariya Gouram) débarque un beau matin après avoir appris que le père était au plus mal.

Les voilà tous réunis dans des circonstances pour le moins délicates puisque la pièce se terminera par la mort du père, traité lors d’un cérémonial empreint de pudeur, à la mesure du drame. Entre temps on aura abordé avec délicatesse mais sans faux fuyants toutes les questions qui taraudent ces familles : l’identité, la religion, la place de la femme, les traditions. Entre le père, qui ne rêve que de retourner au pays et le fils ainé, Nadir, qui sait que sa vie est ici, là où il a réussi professionnellement et où il a fondé une famille pourtant en voie d’éclatement, il y a un monde qui n’interdit ni l’amour, ni l’admiration et encore moins le respect mutuel.

Dans cette famille plutôt conventionnelle soumise à bien des pesanteurs, Nadir est le chien dans le jeu de quilles. Plutôt que de s’abimer dans la complainte du passé, il grimpe dans l’arbre du présent. Mais il bouscule les tabous et les interdits sans mépris ni condescendance, avec la délicatesse qui sied à la mise en scène de Nasser Djemaï, où tout n’est que grâce et amour.